Un toc toc sonore, suivi d’un bonjour éclatant de bonne humeur me tire du sommeil… « Bonjour ! C’est le petit déjeuner ! Bon appétit ! » Je sors avec effort la voix la plus cordiale, bien qu’à moitié endormie, de mon répertoire, pour articuler un faible « Bonjour….Merci ! » et referme immédiatement les yeux. La porte refermée, la pénombre règne de nouveau dans la pièce. Surtout ne pas rentrer trop vite dans le mode conscient, profiter un court instant encore des brumes du sommeil, qui se dissipent rapidement avec l’arôme du café.
Le bras sur les yeux, j’allume le néon fixé au-dessus de mon lit (la lampe de chevet trône sur le bureau hors d’atteinte), qui inonde instantanément la chambre d’une vive lumière blanche impitoyable, qui pénètre jusqu'à mes yeux fermés, vaguement interceptée par mon bras, mais néanmoins meurtrière.
Sortir du lit… Réfréner le mouvement spontané acquis pendant une cinquantaine d’années qui assure une sortie rapide du plumard par sollicitation des abdo- dorsaux-quadriceps, permettant successivement de s’asseoir au bord du lit, puis de se lever en souplesse, mais qui serait le signal pour Dame Douleur que sa proie a commis une erreur défensive et se retrouve à découvert… Favoriser une stratégie acquise depuis peu qui consiste à ramener les jambes pliées en direction de l’abdomen, rouler dos à plat pour faire tomber les jambes hors du lit, et redresser le buste, en appui exclusif sur les bras jusqu’à la position assise, se lever délicatement sur ses jambes… Attendre quelques secondes pour que le voile blanc disparaisse de devant les yeux en se tenant solidement au pied de lit… Voilà qui est fait !
Vite, direction le plateau p’tit dej, et premier rayon de soleil (malgré les rideaux encore fermés), le croissant qui trône au milieu…, éclipsant les deux sages et sévères biscottes, enfermées dans leur prison de plastique et qui n’en sortiront pas ce matin… Symbole et repère dans une semaine qui n’en finit pas d’égrener ses journées parfaitement identiques… C‘est Dimanche !!!
Le défilé du matin est singulièrement diminué. Je peux déguster mon café/croissant sans avoir à tendre mon oreille à la jeune femme chargée de prendre ma température, les deux dames chargées de refaire mon lit passent pendant que je savoure à l’extrême ma friandise dominicale, ce qui m’évite une autre sortie du lit en trois phases pour leur laisser faire leur travail, et me garantit que je peux me recoucher sans que personne ne vienne constater (et condamner) que je me remets illico sous mes draps, dès la dernière miette ramassée, et la dernière goutte de café avalée.
J’ai auparavant levé le volet et constaté que la grisaille régnait au-dehors, le toit luisant du château m’a assuré qu’il pleuvait, bref, l’envie de sortir a fui irrémédiablement avant même d’atteindre mon cerveau. Restent les livres. (Il faudra un jour que je me penche sérieusement sur la relation de Gribouille avec les livres, espèce de fusion inconditionnelle avec un ou plusieurs personnages, une époque ou une région, dès lors que ses antennes détectent la possibilité de concordance…) La série Angélique, finie. La série de Catherine (Juliette Benzoni), finie. Quelques romans en attendant que les derniers ouvrages des séries arrivent, et j’attaque maintenant la série du Gerfaut des Brumes, toujours de Juliette Benzoni. Les péripéties du jeune bâtard Gilles Goëlo, refusant de tout son être la volonté d’une mère (qui ne voit en lui que le fruit du péché) d’en faire un curé de campagne, m’ont séduite il y a vingt ans, et le plaisir de les lire est resté le même. Je plonge donc dans la beauté des terres bretonnes et perds conscience du temps et de l’espace…















