Ce matin, mes amis, je me suis réveillée longtemps avant d’entendre les chariots du p’tit dej ! Mais non, ce n’est pas pour le croissant dominical ! Je crois que je n’ai même pas fait attention à sa bonne odeur, ni à son goût ! C’est bête, parce que je n’en aurai pas avant dimanche prochain…Mais bon ! Aujourd’hui, c’était le grand jour attendu depuis des semaines, le jour de la sortie !
Le rendez-vous était pour 9 h 30, je suis descendue à 9h28, et une civière (enfin non, pas une civière, je crois qu’ils appellent ça un brancard, chez les ambulanciers…) m’a sauté au nez quand la porte de l’ascenseur s’est ouverte devant moi. Deux messieurs étaient devant le bureau de l’accueil, la secrétaire était en train de raccrocher le téléphone. Je l’entends me dire :
« Comment vous appelez-vous ?
- Madame Perrier
- Perrier…Agnès ? Parce qu’on en a plusieurs…
- Oui, Perrier Agnès.
- Je n’ai aucune autorisation de sortie pour vous, madame Perrier…
J’ai cru que j’étouffais. D’abord parce que j’étais habillée pour sortir dehors et qu’il faisait une chaleur moite, en tout cas pour moi, dans le hall, ensuite parce que c’était exactement le scénario catastrophe que je m’étais monté il y avait à peine une heure. Je lui ai expliqué calmement que c’était le docteur Dupont (avec « t ») qui m’avait dit mercredi matin que c’était d’accord, que je lui avais vu écrire quelque chose sur sa fiche quand je lui disais la date, et qu’il m’avait bien fait préciser que ce n’était que pour la journée, et que je revenais bien le soir. Elle dit qu’elle allait voir, et a disparu dans l’escalier. Pendant ce temps, j’ai fait signe aux ambulanciers qu’ils pouvaient m’installer sur le brancard, histoire qu’elle comprenne bien qu’autorisation retrouvée ou pas, je m’en allais pour la journée !!!
Finalement, elle est revenue en disant que l’infirmière n’était pas celle de mon étage, vu qu’elles faisaient un roulement les dimanches, et qu’elle allait me faire signer le bon de sortie. Ah, il était bon, l’air froid du dehors ! J’aurais même supporté plus froid encore, tellement j’avais eu chaud, sens propre comme sens figuré !
Nous sommes arrivés à Rillieux à 10 h pétantes. J’avais amené mon petit tabouret haut pour manger plus facilement, la position à la romaine ne me paraissant pas très confortable pour manger dans une assiette…Ma Mounette était toute seule, en peignoir, et m’a écrasée contre son cœur avec puissance. « Ma mine !!! » Puis elle m’a montré le grand canapé, installé contre la fenêtre, perpendiculairement à la table, sur lequel je me suis instantanément allongée. Puis elle m’a dit qu’elle allait s’habiller, m’a montré la robe qu’elle voulait mettre en me demandant mon avis. Je l’ai trouvé rââââvissante, et elle est partie se préparer, après m’avoir amené une pile de magazines, dont le « Elle » du mois. J’ai bien essayé de me concentrer sur les déboires de Brad Pitt et Angelina Jolie (à mon avis, c’est foutu, parce que Brad s’est laissé pousser la barbe, et que dans « Légendes d’automne », c’était quand il était barbu qu’il a quitté sa jolie brune dont je ne me souviens pas du nom), mais au bout de cinq minutes, mes yeux se sont fermés et j’ai piqué un bon petit roupillon.
Quand je me suis réveillée, mes papilles ont commencé à saliver en inhalant les effluves qui arrivaient de la cuisine. Mmmmm !!! Tout le monde commençait à arriver, on a pu rapidement passer à l’apéro. Mounette nous avait acheté du vin de paille, que nous avons dégusté avec des toasts de foie gras avec confiture de figues. Les deux grands plateaux ont rapidement été vidés, l’un des deux étant resté malheureusement un peu trop près de Serge et de moi-même…, et aussitôt, arriva sur la table la terrine aux trois poissons avec sa sauce chantilly aux fines herbes, servie avec un Macon bien frais. Je n’aime pas le poisson, tout le monde le sait. Mais il ne s’agit que du poisson chaud ! Le poisson froid, en sauce ou en mayonnaise, c’est autre chose !Je me suis régalée. Mon assiette finie, et croyez-moi, ça n’a pas pris longtemps, je suis retournée m’étendre sur mon canapé, le temps pour Mounette de découper les cuisses de dinde, faire réchauffer les chanterelles et fignoler la sauce. Une nouvelle série d’effluves vint nous caresser les narines, et le plat chaud fut bientôt posé sur la table. Quand mon assiette fut pleine, je retournai m’asseoir sur mon tabouret haut, histoire que mon voisin se concentre sur le contenu de SON assiette, et non pas de la mienne ! Et re-dégustation… Les cuisses de dinde cuites au vin jaune, servies avec des chanterelles, dans une sauce où le vin jaune avait réduit lentement avec des échalotes et de la crème, étaient sublimes. Bien moelleuses, car cuites couvertes par le vin, arrosées régulièrement par la suite quand elles étaient au four, la saveur des chanterelles les complétant à merveille, ce fut un festival de goûts infiniment délicats !
Je n’ai pas eu le courage de prendre du fromage, mais j’ai quand même goûté le Gigondas de 2001 qu’avait apporté Guillaume, mon frérot…, allongée sur mon canapé. C’est d’ailleurs sur mon canapé que j’ai dégusté le dessert, un gâteau glacé au praliné, recouvert de nougatine croquante, un délice ! Puis Guillaume et sa petite famille (ses quatre enfants chantent avec lui, ainsi qu’Isabelle, ma belle-sœur) nous ont brillamment interprété « Moi vouloir être chat », puis « Le lion est mort ce soir », des Pow Wow (je ne suis pas sure de l’orthographe…), avec tous les bruitages (poum tilou,baoum, baoum, poum tilou, yiii-iii-iih yiii-iii-iih). Faut dire que Guillaume dirige un chœur de Gospel depuis de nombreuses années, et qu’il est très fort dans tout ce qui est bruitage, temps et contretemps ...
Le temps est passé vite, trop vite, et le coup de sonnette nous a tous fait sursauter, le coup d’œil à la montre a confirmé qu’il s’agissait bien de mon carrosse, et qu’il fallait que je fasse vite, sous peine de me retrouver à cheval sur une courgette, une banane à la main sur l’autoroute…
Les embrassades ont été rapides, trop rapides, l’ascenseur est venu vite, trop vite, et les ambulanciers m’ont installée vite, trop vite sur le brancard, puis dans le carrosse. Le trajet m’a paru lui aussi très rapide, et l’arrivée au centre quasi immédiate. J’ai réglé les frais d’ambulance (comme je savais déjà le prix, je n’ai donc pas été surprise), et suis remontée dans ma chambre. Je n’avais évidemment pas faim du tout…Mais je vais faire de beaux rêves !










