Nous sommes cette fois à Barcelone. Gribouille a quinze ou seize ans. Avant que vous me le fassiez remarquer, j’avoue…Oui j’avoue que je vous ai déjà raconté cette vieille histoire. Mais ce n’était pas à Noël, cela faisait partie d’un autre contexte, celui du méga-tag où Gribouille développe en long, en large et en détails six aspects de sa personnalité, un tag que j’ai été doublement sommée d’exécuter par Mélusine et Mounette. Je racontais alors dans l’un des six aspects de Gribouille, à savoir ses tribulations avec son poids…Mais je suis sure que vous avez tous oublié cet article, et que ceux qui s’en souviennent feront semblant de l’avoir oublié !
Gribouille est donc à Barcelone depuis quelques années, et Mounette a constaté depuis un certain temps, qu’elle s’arrondissait de trop, et que sa silhouette devenait …bien enrobée à ses yeux. Elle avait donc fait disparaître tout ce qui pouvait être source de prise de poids : les petits gâteaux qui étaient largement distribués en rentrant de l’école, mes petits salés pour les futurs apéros, le chocolat que Monsieur appréciait tant avec son café, etc,etc,etc.
Gribouille, désespérément en manque de douceurs, avait d’abord essayé de se débrouiller avec les moyens du bord. Les œufs n’étaient pas caloriques, donc on pouvait en trouver dans le frigo. Le sucre en poudre était nécessaire pour les yaourts et les desserts que Mounette confectionnait les jours où nous avions des invités, le beurre était un inconditionnel dans sa cuisine, et Gribouille, dont le regard fureteur savait exactement tout ce qu’il y avait dans tous les recoins de la cuisine, avait remarqué l’endroit où elle remisait soigneusement ses alcools. Et il y en avait un que Gribouille appréciait particulièrement, dans une petite bouteille très ventrue, avec un col tout fin : le Grand-Marnier.
Gribouille est une lève-tôt. Mais il faudra se lever encore plus tôt que Mounette, qui en est une autre ! Peut lui chaut ! La faim justifie les moyens ! Levée donc à une heure où la nuit règne encore sur la grande cité catalane, elle fait chauffer du beurre dans une poêle, se coupe deux ou trois tranches de pain, selon l’appétit, fouette 4 œufs dans un bol dans lequel elle verse une bonne rasade de Grand Marnier et du sucre, tourne et retourne les tranches de pain dans le mélange et les fait rôtir dans la poêle. Peu avant qu’ils aient pris une belle couleur dorée, elle verse dans la poêle le reste des œufs battus, qu’elle brouille grossièrement. Huuuuummm !C’est bientôt prêt. Gribouille sait parfaitement à quel moment il faut arrêter de brouiller : quand il reste un chouïa d’œuf liquide dans le bouillonnement du Grand Marnier qui, une fois réduit, fait de grosses bulles sur entre les tranches de pain bien dorées. Et là, pendant un petit quart d’heure, elle se concentre sur la diffusion par ses papilles d’un goût divin dans tout son corps… Moment délicieux, qu’il ne faut pas prolonger de trop. La nuit pâlit et Mounette va bientôt ouvrir l’œil. Vaisselle expédiée, séchée, rangée, la bouteille de Grand Marnier au chaud dans son recoin, fenêtre grande ouverte depuis l’arrivée dans la cuisine qu’il faut maintenant fermer, direction le lit pour un dernier petit somme, l’estomac bien rempli.
Hélas, on ne trompe pas Mounette aussi facilement… Outre le fait que le niveau de Grand Marnier baissait d’une façon alarmante, ce qui n’avait pas échappé au regard affuté maternel, il subsistait le matin, quand elle entrait dans la cuisine pour préparer le café, quelques effluves non identifiables, mais provenant incontestablement de quelque chose d’élaboré au niveau culinaire. La suite, vous la devinez, Un jour, la Moune se leva plus tôt que d’habitude…
Gribouille, de nouveau en manque, reprit les visites à la superette de la résidence et se remplit les poches de ce qu’elle aimait le plus, et, ayant goûté le turron lors d’une invitation chez des amis, elle fut comblée en en trouvant au rayon friandises. Dès lors, le paquet de turron rejoignit le tube de lait concentré sucré sous son oreiller…
Comment vous définir le goût sublime du turron ? C’est unique. Je ne trouve pas de saveur propre à définir celle du turron. Je parle du turron la Jijonenca, celui qui ne ressemble pas au nougat, celui qui fond tout seul dans la bouche, en laissant juste à la fin de minuscules bouts d’amandes à croquer sous les dents…Mmmmmmm ! Quel plaisir ! Il faut absolument que je pense à demander à Mounette de m’en trouver.
Mais quelle idée a eu mon amie Flo de faire un article sur tous les repas de Noël du monde ! J’avais oublié ce délicieux dessert que Mounette ne nous propose jamais car trop calorique (elle en raffole elle aussi). Elle va te maudire, Flo !! Mais elle m’en achètera quand même…















