Eh bien…ce fut la sieste ! Je ne sais pas, parmi la vingtaine de cachets que je prends quotidiennement, quel est celui qui vient sournoisement m’attaquer depuis quelques jours à tout moment de la journée, et principalement après le repas de midi (qui est traditionnellement l’heure de la sieste), mais mes paupières se sont faites très très lourdes d’un coup… J’ai bien fait une tentative pour reprendre le cours des aventures du Gerfaut, mais il était écrit que je m’abandonnerais au bien-être du sommeil… Le chevalier de Tournemine, à l’endroit où je reprenais ma lecture, venait de se faire tuer à l’occasion d’une évasion ratée, et ressuscitait, avec la complicité du Roi, sous l’identité de John Vaughan, corsaire marin américain. Le séjour obligatoire chez le comédien Préville, auteur de la transformation, se faisait un peu longuet, n’offrant que peu d’intérêt, et les bras de Morphée sont venus me cueillir doucement mais fermement pour m’emmener dans le monde des rêves.
L’agressivité féroce de M. Chirurgien (curieusement, son prénom avait changé, il ne s’appelait plus Charmant dans mon rêve…), qui allait, malgré mes efforts désespérés pour l’en empêcher, me plonger dans le sommeil artificiel de l’anesthésie générale pour m’amputer de la jambe gauche, responsable d’horribles douleurs dont il n’arrivait pas à trouver la cause (aux grands maux, les grands remèdes), m’a fait réintégrer avec brutalité le mode conscient. J’ai voulu bouger ma jambe gauche pour m’assurer que tout cela n’était qu’un horrible cauchemar, et la violente douleur qui en a résulté instantanément m’en a convaincue…
Coup d’œil à ma montre…15 h 45. J e sentais bien qu’il me faudrait pas grand-chose pour un nouveau câlin avec Morphée, mais l’idée ne me plaisait pas (Le correcteur grammatical de M. Word, cette fois-ci, a dû abuser de la moquette, car il me souligne en vert « sentais » pour me proposer « sentaient », conjugué avec « je »…Je vais lui suggérer de prendre des vacances…) D’un autre côté, l’étreinte de M. Corset qui m’était imposée dès que je quittais la position allongée n’avait rien d’enthousiasmant, tout au contraire. Mais ma mémoire, au lieu de me faire défaut comme elle s’appliquait à le faire depuis quelque temps, avait décidé de me trahir, et m’a soudainement remis en tête une petite affichette, collée à côté de l’ascenseur, informant les résidents d’une exposition-vente de bijoux fantaisie et de maroquinerie dans le grand salon du château, l’après-midi du dimanche. Quand je dis trahir, c’est même de la haute trahison, passable de la potence ! Mme Mémoire ne me laissait pas oublier généralement que mes réserves financières étaient au plus bas lorsque c’était le cas, et me l’a volontairement masqué momentanément ! (à moins que je l’aie muselée non moins volontairement …)
Toujours est-il que j’ai envoyé balader Morphée, je me suis laissée étreindre par M. Corset (dont je n’ai que peu serré les scratch, personne n’ayant jamais poussé le contrôle du respect des consignes jusqu’à vérifier le bon ajustement de ces engins de torture), j’ai enfilé mon manteau, et direction le grand salon ! Bien évidemment, Dame Tentatrice (encore une autre diablesse), était présente sous la forme d’une voisine de table avec laquelle j’avais sympathisé, copine de la vendeuse de bijoux, et qui ne m’a pas quittée d’une semelle avant que je n’aie acheté non pas un, mais deux colliers ! (dont je n’avais nul besoin, ayant fait l’acquisition tout à fait récemment, puisque c’était la coiffeuse du Château de Gléteins qui les vendait, de deux colliers magnifiques…Ma mounette, tu es priée de la mettre en sourdine ! Tu ne crois tout de même pas que je ne t’entends pas hurler d’amers reproches à la lecture des folies de ta chère progéniture ?)
J’ai regagné ma chambre tête basse, mortifiée par ce manque de volonté caractéristique devant Dame Tentation, sollicitée à plusieurs reprises, sur le chemin du retour, par la curiosité des dames qui papotaient dans le salon attenant et donc à l’abri de cette diablesse sournoise, et qui voulaient absolument voir les objets provenant de la salle interdite sans avoir à subir les assauts de ladite diablesse. Je n’ai nullement été réconfortée par leur admiration devant les créations absôôôôôôlument originâââââles dont j’avais fait l’acquisition.
Une fois dans ma chambre, j’ai porté l’ultime estocade à mon moral en ouvrant la-banque-de-Gribouille-en-ligne.com, et estimé à quelle profondeur du niveau de l’eau se situaient mes finances, s’il devenait urgent de leur procurer une bouteille d’oxygène, où si leur capacité leur permettait encore de rester en apnée…Je ne vous communiquerai pas mes conclusions, cela ne vous regarde pas !
17 heures…Pink Floyd, en entonnant « Wish you were here » sur mon téléphone portable, m’a brutalement rappelé que c’était l’heure d’absorber mes petites ampoules d’oligo-éléments dont la prise méticuleusement régulière m’assurait la perte de mes kilos superflus. Je les ai pris sans enthousiasme, tout comme j’ai repris sans conviction ni intérêt les aventures du cher Gilles, dont je me suis aussitôt évadée…plongée dans une bataille coléreuse contre moi-même, faite d’auto-accusations de faiblesses qui se multipliaient depuis l’arrivée au château…
J’ai été sortie de ce marasme par l’envie irrépressible d’essayer mes colliers avec les quelques tenues originales que j’avais apportées au château pour me faire plaisir. Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Et en avant la valse des tuniques coton, voile, soie, des leggins noir, gris, taupe, des marcels façon maillot d’athlétisme, des pantalons Freeman T. Porter, le Temps des Cerises (héritage de mes filles), pour déterminer quelle tenue allait avec quel collier…
Rien de tel pour chasser auto-accusations, culpabilité et idées noires ! Et vive la vie, vivent les belles choses, à bas les frustrations et les mélancolies !
Tiens ? Pink Floyd à nouveau ? C’est déjà 18 h 25 ? Ben mince alors ! Même pas vu passer l’temps ! Ben voyons ! Les violons de Vivaldi, maintenant ! Tant pis, pas le temps de ranger, faut y aller…Je prends quand même une ampoule de …quel jour on est ? Dimanche ? … une ampoule de manganèse, que je garde exactement 30 secondes sous la langue avant de l’avaler, les comprimés du soir dans mon pilulier, la clé de ma chambre et hardi, petit, direction les escaliers !
Le repas expédié à une allure record (de toute façon, jambon-purée surgelée à l’eau, ça ne se déguste pas, on l’engouffre), j’embarque mon yaourt nature, et prétextant une nouvelle douleur survenue dans l’après-midi, je prends congé des mes co-tables pour regagner rapidement ma chambre. Il faut maintenant ranger tous les vêtements jetés à la vache sur le lit avant de se déshabiller pour s’enfouir dans le lit, tête relevée, et se replonger enfin dans les aventures du Gerfaut.
Tiens, il faut absolument que je dise à la voisine du dessous de décrocher son téléphone quand elle quitte sa chambre. Il y a quelqu’un qui l’appelle uniquement quand elle est au restaurant, et qui fait sonner sans répit pendant un quart d’heure, s’interrompt sans doute le temps de fumer sa clop, et reprend illico son appel. Cela est très très très agaçant, je n’arrive pas à me concentrer sur ma lecture que j’abandonne le temps que ça se calme. J’allume l’ordinateur pour lire mes mails (40 pubs pour 2 messages privés…c’est à peu prés la même proportion tous les jours). Des mauvaises nouvelles, bien évidemment, pour bien terminer la soirée. Je vais ensuite sur mes blogs et retrouve ma bonne humeur instantanément (je me félicite une fois de plus d’avoir institué cette stratégie intelligente, génératrice de bien-être, à savoir de 1) lire mes mails et 2) aller sur mes blogs, et non l’inverse.) Commentaires, messages, tous chaleureux, pleins d’humour la plupart du temps, parfaitement adaptés à mon humeur du soir.
Le temps passe rapidement …Une fois mes commentaires validés, mes messages lus, les publications de mes amis lues et commentées, les blogs de mes visiteurs inconnus explorés, je cours rejoindre mon ami Gerfaut dans sa poursuite de Judith, cette sotte qui se retrouve à chaque fois dans des situations inextricables au lieu de vivre en paix son bonheur avec son cher et tendre. Remarque, je me dis que le bouquin n’aurait aucun intérêt sans toutes ces péripéties, et que le talent d’un auteur est d’imaginer l’inimaginable pour tenir ses lecteurs en haleine tout le long de son œuvre, tout en pondant le plus d’épisodes possibles. Pour ça, Anne et Serge Golon sont les champions, la série d’Angélique, marquise des Anges comportant 12 tomes d’environ 500 pages chacun ! Bon, d’accord, ils sont deux… Mais ça fait quand même 6 tomes chacun !
Ouh la la ! C’est déjà minuit ! A bientôt, les amis !
Rrrrrrrrrrrrrrr Pzzzzzzzzzzzz Rrrrrrrrrrrrrrrrrrrr Pzzzzzzzzzzz
PS. Ayez la gentillesse de m’alerter (par message privé s’il vous plaît) dès lors que la longueur ou l’intérêt de mes productions vous amène à zapper la fin ou émettre les bruitages ci-dessus, ce qui serait dommage…














