La sonnerie stridente du téléphone me prive de savoir si Judith a été ou non enterrée vivante par ses brutes de frères. 9 h 05…C’est, un peu anticipée pour cause de dimanche, l’heure de l’appel quotidien de ma Mounette (le correcteur grammatical de M. Word 2007, qui me reproche le féminin du mot « anticipée » en le soulignant en vert, doit avoir fait la bringue hier soir, et n’a pas repéré la virgule après « c’est », et donc pas vu la finesse de l’apposition de l’adjectif au nom auquel il se rapporte, « heure », du genre, sans contestation possible, féminin).
Suivent à peu près vingt minutes de conversation (les jours de semaine, cette durée avoisine les trois quarts d’heure…) destinées à mettre ma môman au courant de la moindre petite attaque supplémentaire de Dame Douleur, et l’avancement de la demande de divorce d’avec M. Corset. Celui-ci m’a de nouveau été imposé d’une façon catégorique par la loi, en la personne du procureur M. Charmant Chirurgien, et ce pour une durée minimale de trois mois. La date de l’audience a été fixée au 4 février, exactement 3 mois après l’opération.
Après avoir fait le compte-rendu détaillé et commenté des visites du samedi, qui se résumaient à celle de mes beaux-parents, écouté avec attention le cahier de doléances de Mme Mère à l’encontre de ses locataires, nous procédons à de nombreuses embrassades téléphoniques avant de clore la conversation.
Je me replonge avec avidité dans les aventures du Gerfaut et découvre avec émotion que Judith a été sauvée in extremis de cet horrible sort par le secours d’un témoin opportunément perché dans un arbre, qui, aussitôt les frères criminels disparus, a fait appel aux résidents du château voisin pour déterrer la malheureuse. celle-ci a d'ailleurs disparu sans laisser d’adresse après avoir été remise sur pied par les gentils châtelains. Elle a dit quelque chose qui laissait à supposer qu'elle avait de meilleures chances de se cacher à Paris qu'ailleurs (obligation pour le narrateur de laisser un indice pour la quête du héros…).
Un toc toc vigoureux, suivi de l’entrée fracassante des dames qui vont procéder au ménage dans la chambre, m’annonce qu’il est temps pour moi de me bouger le popotin, ne serait-ce que pour échapper au regard indigné de ces dames… Je m’isole donc dans la salle de bains, et booste ma circulation sanguine par une douche brûlante, que je coupe de temps en temps pour m’enduire de Dove puis le rincer, et surtout guetter le moment où ces dames vont demander l’accès à la salle de bains pour y faire leur travail.
A peine recouchée ( !) et replongée dans les inextricables délires amoureux de Gilles de Tournemine avec la princesse des Asturies, qui risquent fort de l’amener aux mains de l’Inquisition, donc directement au bûcher (Ah ! Ces hommes ! Pas moyen de maîtriser la bêbête qui frétille en permanence en-dessous de la ceinture…), un nouveau toc toc (tiens, tout le monde est venu, il me semble !), bien plus discret, la porte qui s’ouvre et se referme immédiatement (C’est pas quelqu’un de la maison ! Ils laissent toujours la porte ouverte tant qu’ils sont dans la chambre...), et apparition de mon cher et tendre, tout sourire, qui me tend un petit sac d’où sort un je ne sais quoi me rappelant la chaude ambiance d’une boulangerie, provenant, après coup d’œil, d’un croissant et d’un petit pain au chocolat…
Surprise ! Je ne l’attendais pas aujourd’hui, il devait préparer avec les membres de Percafcal une animation musicale pour les illuminations, à Saint-Priest, mardi soir. Je l’embrasse d’autant plus tendrement qu’il a dû renoncer à sa grasse mat’, la seule de la semaine, pour venir me voir ce matin (une heure et demie de trajet aller-retour, quand même !), et nous descendons au distributeur pour prendre un café et déguster nos gourmandises respectives, tout en discutant des préparatifs pour mardi soir. Le gros problème est de trouver quelqu’un qui filme pour que je puisse profiter moi aussi (et vous en faire profiter !) de cette soirée où je serai absente, bien malgré moi.
Les violons de Vivaldi interrompent notre conversation, Serge remonte dans son Trafic pour prendre le chemin du retour, et je me dirige vers le restaurant en traînant les pieds…
Je n’ai plus d’entrée depuis que je suis au régime sans résidus (par ma faute puisque j’ai fini par refuser les sempiternelles tranche de jambon à midi, et soupe de vermicelles à l’eau le soir, que l’on me servait systématiquement…), j’ai donc attendu avec impatience le plat du jour, qui est arrivé très rapidement. Steak haché / purée… Bon, d’accord ! Mes compagnons de table avaient des moules / frites, choses qui figuraient l’une et l’autre dans les aliments que j’avais moi-même écartés de mes menus…Mais j’aurais bien vu dans mon assiette une cuisse de poulet ou du ragoût de veau, accompagnés de l’une de ces excellentes sauces dont nous gratifiait quelquefois le chef ! Peu importe !
J’ai mangé mon steak avec juste ce qu’il fallait de purée pour l’accompagner (ma ligne !!!), suivi d’un fromage blanc, j’ai abandonné mes compagnons de table qui attaquaient leurs moules/frites (non pas que leur compagnie me soit désagréable, mais pour soulager mon dos qui s’accomodait mal de la position sur tabouret haut), et regagné ma chambre après avoir pris un café au distributeur.
Là, j’ai ouvert le tiroir aux gourmandises, et fait la grimace en constatant qu’il ne me restait que deux des excellents chocolats, cadeau d’amis venus me rendre visite il y a une quinzaine de jours (vous admirerez la parcimonie avec laquelle j’ai dégusté ces délicates friandises, qui, en temps ordinaire, n’auraient pas résisté plus de deux ou trois jours à mes fringales du soir…). Ils ont accompagné, en masquant son manque de subtilité, la boisson à base de grains de café crachée par le distributeur dans un gobelet blanc.
Sieste ou gerfaut ? Vous le saurez la prochaine fois !













